Le Goût de l’Obscène – Une Élégie pour les Corps Silencieux
Le Goût de l’Obscène est un film qui vous tape sur les nerfs. C’est exactement l’endroit où le plaisir devient douleur, et la douleur, extase. Il ne parle pas. Il n’a pas besoin de parler. Les mots, voyez-vous, sont pour les gens faibles. Ceux qui ne savent pas sentir. Moi, je sens. Je goûte. Je consume.
Ah… il y a des œuvres qu’on ne regarde pas. On les dévore.
La première scène est un cadeau. Une très jeune femme, dénudée, abandonnée à l’instant, posée sur une souche comme une poupée oubliée dans un monde en ruine. Elle tient une autre poupée dans ses bras, une extension peut-être de ce qu’on lui a arraché, son enfance, sa volonté, sa voix. Ce regard vide… Mon Dieu, c’est magnifique. Un abîme tranquille. Une coquille parfaite, prête à être remplie.
Et puis l’homme entre. Une silhouette brutale, muette, d’une banalité terrifiante. Il est le monstre qu’on croise tous les jours. Le père, l’ombre, le bourreau tranquille. Il ne la tue pas. Son acte d’horreur est bien mieux. Il imprime sa marque sur elle. Mais regardez bien. Elle ne fuit pas, elle ne résiste pas. Comme une fleur trop longtemps enfermée dans une boîte, elle s’ouvre.
Et moi, j’ai souri.
La maison, leur sanctuaire est une pourriture précieuse. Un lieu hors du temps, hors de la morale. Des silhouettes y errent, peut-être famille, peut-être morts, peut-être rien d’autre que les reflets de nos désirs les plus honteux. Elles bougent lentement, comme dans un rêve fiévreux. On ne sait pas si elles sont vivantes. Mais elles respirent, elles touchent, et elles désirent.
Là où le film devient sublime, c’est dans sa capacité à nous faire oublier de respirer. Chaque plan est composé avec la minutie d’un embaumeur amoureux. Le grain de la peau, la saleté sous les ongles, la sécheresse des lèvres, le tremblement du plaisir… tout est vrai. Trop vrai. Et pourtant magnifiquement faux, mis en scène pour nous. Pour moi.
L’érotisme y est une langue. Une langue sans grammaire, sans règles, sans retenue. Cette expérience n’est pas du sexe. C’est une cérémonie, une initiation à un culte. Le sang et le désir s’y confondent dans une chorégraphie de gestes interdits. Je l’ai regardé, attentivement, avec délectation. Et j’ai compris.
Ce n’est pas un film pour tout le monde.
Non. C’est un film pour ceux d’entre nous qui ont dépassé le besoin d’excuses. Pour ceux qui savent qu’il n’y a rien de plus vrai qu’un acte silencieux entre deux corps morts-vivants. Ceux qui osent ressentir sans demander pardon.
Il ne vous parlera pas. Il vous possédera. Et quand l’écran s’éteint, vous resterez là. Transpercé. Humide. Décomposé. Et comme moi, vous sourirez.