La Nouvelle Eve : La pathétique illusion d’être libre
La Nouvelle Eve – Camille a trente-cinq ans, une existence déjà usée, et elle se vautre dans la conviction idiote que la passion, le sexe et les slogans suffisent à faire d’elle une rebelle.
Catherine Corsini, la réalisatrice, a filmé cette farce sentimentale avec une honnêteté presque cruelle. Les trottoirs parisiens défilent comme un tapis roulant de frustrations, de petites lâchetés, d’envies médiocres. Camille, jouée par Karin Viard, s’agite, s’exhibe, pleurniche. Elle veut un enfant, elle ne veut pas d’enfant, elle veut l’amour, elle veut sa solitude. À force de vouloir tout, elle ne ramasse que des miettes, et c’est peut-être ça, le cœur du film : la certitude que notre époque fabrique des solitaires pleins d’illusions.
Camille est grotesque, ridicule et profondément humaine. Elle s’enfonce dans son adultère comme on plonge dans une baignoire tiède. Meme plus par habitude que par conviction. L’amant, incarné par Pierre-Loup Rajot, est un mari modèle, c’est-à-dire un lâche poli. Sa femme officielle est une potiche qu’on devine résignée. Autour d’eux gravitent des silhouettes également pathétiques. Et le monde en passant qui se fout bien du drame intérieur de cette trentenaire qui se prend pour une héroïne tragique.
La caméra, elle, ne juge pas.
Elle observe. Et c’est peut-être ce qui rend le film cruel : il ne propose aucune échappatoire. Pas de grande scène d’émancipation, pas de révélation spirituelle. Juste une femme ordinaire, qui s’use à chercher l’extraordinaire.
Le ton est acide, mais pas désespéré. Il y a des moments de comédie pure, presque burlesques, quand Camille accumule les contradictions, les discours pompeux et les désirs éphémères. On rit, un peu jaune, de ce cirque sentimental. On se dit qu’au fond, il n’y a rien de plus banal que de vouloir l’amour et de finir par se perdre soi-même.
En définitive, La Nouvelle Ève n’est ni une ode féministe, ni une satire vacharde. C’est un constat : la liberté qu’on brandit comme un étendard est souvent un piège qu’on se tend à soi-même. C’est une comédie de mœurs qui regarde son héroïne comme un insecte sous une loupe. Et si l’on y voit un miroir, tant pis pour nous.
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