Je baise ma mère, J’encule ma sœur: La famille arthouse
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“Je baise ma mère, j’encule ma sœur” s’est rapidement imposé comme un objet dérangeant. Présenté comme un projet d’art brut et autoproduit. Tourné avec des moyens réduits, entièrement dans un espace domestique, majoritairement une seule chambre. Le film expérimental, s’inscrit dans une tradition DIY qui privilégie l’intimité, l’économie de moyens et l’absence de médiation industrielle. Sa diffusion gratuite, assumée par son créateur, renforce son positionnement. C’est un geste artistique offert au public, sans filtre, ni dispositif de protection.
À la fois synopsis, critique et fait culturel, cette œuvre confronte les frontières entre sphère privée et regard public. Ce n’est pas seulement un film ; c’est un événement discursif. Qu’est-ce que la normalité sociale et les arrangements intimes ? Quand est-ce que le langage et la corporalité, jusque un peu trop ? Ce film est un révélateur de tabous persistants et un test de résistance pour le spectateur contemporain.
Quand le dysfonctionnel devient un mode de fonctionnement
Le film suit le quotidien d’une famille. L’on pourrait qualifier, selon les normes dominantes, de profondément dysfonctionnelle. Pourtant, le pari du réalisateur est précisément l’inverse. Il montre comment cette famille a transformé ce que la société nomme « dysfonctionnement » en système fonctionnel. Ici, ni drogues, ni violence, ni marginalité spectaculaire. Ce qui unit ces individus, c’est l’amour familial. Une ouverture radicale, une acceptation mutuelle en tant qu’adultes imparfaits, conscients de leurs limites et de leurs choix.
Le récit est minimaliste. Il n’y a pas d’intrigue au sens classique, pas de montée dramatique, pas de résolution. Le film observe. Il montre des gestes du quotidien, mais inoubliables. Cette économie narrative oblige le spectateur à abandonner ses attentes habituelles et à se confronter à ce qui est montré, sans guide explicatif constant.
Volontairement dérangeante
Le titre du film est volontairement choquant. Il agit comme un seuil symbolique que le spectateur doit franchir avant même de lancer la vidéo. Cette provocation n’est pas gratuite; elle fonctionne comme un filtre. Ceux qui acceptent d’entrer savent qu’ils seront confrontés à quelque chose qui heurte les conventions.
La conclusion du film est l’une de ses séquences les plus commentées. Un gros plan prolongé sur le cul de la sœur, centré sur son trou-de-cul, montre un détail corporel généralement jugé répugnant et indigne d’être filmé. Cette image est accompagnée de remarques banales sur le plaisir qu’ils ont à passer du temps ensemble.
Ce contraste entre l’intimité crue du corps et la banalité du propos est un dernier coup porté au confort du spectateur. Le film se termine en refusant toute rassurance, toute sortie élégante. Il laisse une sensation de malaise persistant. “Je baise ma mère, j’encule ma sœur” est un projet cohérent, radical et méthodiquement inconfortable. Sa diffusion gratuite renforce son statut d’objet à expérimenter plutôt qu’à consommer.
Une esthétique de l’enfermement domestique
Le choix de filmer presque exclusivement dans une chambre n’est pas anodin. L’espace est restreint, familier, parfois étouffant. Il devient un personnage à part entière, le théâtre d’interactions que l’on n’est pas censé voir. Cette claustration volontaire accentue l’impression d’intrusion ressentie par le spectateur, placé dans la position inconfortable du témoin.
La caméra est fixe ou peu mobile, l’éclairage naturel ou sommaire, le cadre souvent imparfait. Cette absence de sophistication technique n’est pas une faiblesse mais un parti pris. Elle inscrit le film dans une tradition proche de la vidéo d’art. Comme du journal filmé et du cinéma vérité, où la valeur réside moins dans la forme que dans la frontalité du propos.
Le plaisir comme langage principal
L’un des aspects les plus marquants du film est son quasi-silence. Les dialogues sont rares et utilisés uniquement lorsqu’ils sont indispensables à la compréhension. À un moment clé, une information verbale est donnée pour lever une ambiguïté fondamentale sur les relations entre les personnages. Sans cette précision, la chimie observée à l’écran pourrait être interprétée différemment. Ce choix révèle une conscience aiguë du regard extérieur et de ses projections.
En dehors de ces rares paroles, le film privilégie les sons non verbaux : respirations, soupirs, grognements, silences lourds. Ces éléments sonores ne servent pas à provoquer mais à traduire une proximité. une cohabitation des corps et des présences. Le langage articulé est relégué au second plan, comme si les mots étaient insuffisants ou inutiles pour décrire ce qui se joue entre ces individus.
Une œuvre cohérente
Qu’on le considère comme une provocation, une étude sociale ou un geste artistique extrême, peu-importe. Il remplit une fonction essentielle : rappeler que l’art n’a pas pour mission de rassurer. En exposant une intimité que beaucoup préféreraient ne jamais voir, ce film oblige à regarder en face les limites que la société nous impose.



