La Féline – L’Appel Mortel du Désir
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La Féline – Le remake par Paul Schrader en 1982 est méticuleusement construit autour de la présence de Kinski. Il utilise un langage visuel, un montage et un son pour exalter à la fois son attrait physique et le suspense entourant son potentiel prédateur latent.
La féline réinvente le classique de Val Lewton de 1942 avec une exploration horrifique psychosexuelle où l’érotisme et le danger sont inextricablement liés. Au cœur de cette métamorphose se trouve Nastassja Kinski, dont l’interprétation d’Irena Gallier transforme le récit d’une sombre histoire gothique en une épopée sur le désir féminin, le pouvoir et l’instinct animal.
Naissance de l’exotique
Le film s’ouvre sur Irena voyageant de Serbie vers La Nouvelle-Orléans après la mort de son père. C’est un périple marqué par le mystère et une tension érotique subtile. Les premiers instants de Kinski à l’écran l’établissent immédiatement comme l’épicentre du désir et du malaise. Sa beauté est lumineuse, mais c’est sa démarche qui captive : elle marche avec une grâce étudiée, une allure presque féline, suggérant un lien inné avec l’animal qu’elle incarnera plus tard. Schrader la cadre dans des plans allongés, souvent devant des paysages urbains étouffés ou des surfaces réfléchissantes, attirant l’attention sur le balancement subtil de son corps et la façon dont la lumière caresse ses traits. Ses yeux, grands et expressifs, communiquent à la fois une vulnérabilité et un courant sous-jacent de puissance refoulée, établissant une dualité qui dominera le récit.
La Tension Érotique comme Moteur Narratif
Les premières scènes avec Paul (Malcolm McDowell) introduisent la tension érotique centrale du film. Irena, jouée par Kinski, est à la fois hésitante et magnétique, sa beauté physique servant d’appât silencieux qui attire Paul, et le public, dans son piège. Schrader utilise* des gros plans et des cadrages en clair-obscur pour souligner son langage corporel. Chaque inclinaison de la tête, chaque mèche de cheveux repoussée du visage, chaque cambrement subtil du dos traduit une conscience de sa propre sensualité, sans besoin d’explication. Cette interaction entre attraction et retenue reflète le thème central du film : l’énergie sexuelle comme force potentiellement destructrice. La tension est accentuée par les réactions de Paul, créant une dynamique électrique où le désir est à la fois inévitable et dangereux.
Là où Érotisme et Prédation Convergent
Une des séquences les plus iconiques du film est la première transformation d’Irena. Après un moment de contact intime, ses instincts félins latents se manifestent. La performance de Kinski est hypnotique : elle se déplace avec une précision sinueuse, chaque geste empreint d’une élégance prédatrice. La caméra alterne entre des plans serrés et des plans larges. Des gros plans sur son visage, aux yeux grand ouverts et pupilles dilatées, à des plans plus larges qui soulignent son agilité physique. Ici, l’érotisme et l’horreur se croisent : l’excitation sexuelle qui déclenche sa transformation souligne l’assertion du film que le désir est inséparable du danger. Schrader laisse la sensualité de Kinski porter la scène, rendant le public intensément conscient de sa beauté même tandis que l’horreur monte d’un cran.
Le Pouvoir de la Présence
La scène du nightclub est une leçon magistrale de tension érotique et de narration visuelle. Irena entre dans un espace bondé. Pourtant, la foule disparaît tandis que la caméra tourne autour d’elle. Sa robe épouse subtilement ses formes, soulignant les courbes naturelles de son corps. La lumière tamisée projette des ombres qui à la fois dissimulent et révèlent. La présence de Kinski domine chaque plan. Son regard balaie la pièce avec une intensité tranquille. Ses mouvements évoquent un prédateur évaluant son environnement. L’alliance du costume, de l’éclairage et du langage corporel transforme sa présence physique en un pendule hypnotique pour le public. C’est ici que l’utilisation de la tension érotique comme dispositif narratif par Schrader est la plus explicite.
L’Héritage de la Performance de Kinski
Bien que la féline (1982) fut critiqué pour ses méandres narratifs, le film perdure grâce à la performance de Nastassja Kinski. Elle transforme Irena d’un archétype potentiellement passif en une figure pleinement réalisée et dLaynamique. Un personnage dont la beauté physique, la sensualité et le conflit interne captivent l’attention. C’est sa capacité à transmettre simultanément la tension érotique, la vulnérabilité et l’instinct prédateur qui élève le film au-delà de l’horreur conventionnelle. Chaque scène est une étude de l’utilisation cinématographique du langage corporel et du regard : la présence de Kinski transforme les espaces ordinaires en arènes chargées de désir et de suspense.



